Retour accueilRue du Théâtre 18 juillet 2008 ETERNELLE TYRANNIE Les chefs d'États sont avant tout des hommes. En dépeignant le portrait d’une Rome ravagée par les excès de son empereur, Albert Camus n'a pas voulu créer une fresque historique mais une mise en garde politique. Un théâtre engagé et engageant que nous propose la Compagnie Jean Thomas. Le règne de Caligula était paisible jusqu'à la mort de Drusilla, sa sœur et sa maîtresse. L'Empereur s'aperçoit alors que "les hommes meurent et ils ne sont pas heureux". Désespéré, en quête de la Lune, un absolu qu'il ne peut atteindre, l'Empereur, usant de toutes les libertés que son pouvoir lui procure, va plonger Rome dans le chaos. Dans L'Existentialisme est un humanisme, Sartre déclarait:« En voulant la liberté, nous découvrons qu'elle dépend entièrement de la liberté des autres, et que la liberté des autres dépend de la nôtre ». Mais l'homme disposant des pleins pouvoirs ne voit plus les autres comme une limite à sa propre liberté. Il peut en disposer librement. Caligula va même plus loin, en tentant d'imposer sa « Logique » implacable à l'ensemble des citoyens de l'Empire. Une logique folle et violente qui poussera le Sénat à se rebeller. S'affronteront alors, par delà la politique, deux philosophies. Un théâtre politique et contemporain Gilles Paume incarne avec superbe cet homme d'Etat submergé par sa détresse. Affectant la folie face à la plèbe et la tristesse face à ses proches, le comédien a su percevoir et retranscrire l'ambiguïté de ce personnage complexe. Plus qu'un simple choix de costume, la décision de Michel Paume de transformer ces sénateurs romains en homme d'affaires pressés rappelle la contemporanéité du débat soulevé par la pièce de Camus. De tels débordements peuvent être le fruit de tout système, l'absolutisme le plus horrible peut naître de n'importe quel régime, fut-il démocratique. La compagnie Jean Thomas nous propose un théâtre politique et polémique, enrichi par ses liens étroits avec l'actualité. Sébastien COTTE
La Provence du 16 juillet 2008 CALIGULA C'est une pièce saisissante et forte que nous propose cette année, et pour la dernière au Théâtre du Garage à Villeneuve-lez-Avignon, la Compagnie Jean Thomas. S'attaquer au Caligula de Camus, issu de son "cycle de l'absurde" n'est pas chose aisé. L'interprétation du "suicide supérieur" d'un homme qui découvre prématurément que les hommes meurent sans être heureux, est vibrante de désespoir. Tous les sentiments s'y mêlent, s'affrontent et s'effleurent tragiquement, ne laissant pas de place à la moindre erreur dans le jeu des comédiens. Ils sont d'ailleurs tous épatant de justesse : Caligula semble habité de quelques esprits errants pas tout à fait morts ni vraiment vivants ; et Hélicon prend un relief inédit. Ce rôle là est magnifiquement servi par Aurore Sayas, à la fois cynique, enjouée et troublante dans son androgynie parfaitement maîtrisée. L'ensemble est mis en valeur dans une scénographie sobre mais réellement efficace face à la force du jeu imposé... Une pièce à voir ...
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